La tarte froissée à la fraise et à la crème de mastiha s’appuie sur un principe simple, une pâte très fine volontairement chiffonnée, une cuisson vive pour obtenir du croustillant, puis une garniture froide et parfumée. La mastiha, résine aromatique utilisée en Méditerranée orientale, apporte une note résineuse et florale, proche du pin doux, qui s’accorde avec l’acidité des fraises. Cette recette vise un résultat net, une base bien dorée, des plis visibles, une crème stable et des fruits ajoutés au dernier moment.
Ingrédients et choix des fraises pour une tarte froissée régulière
Pour une tarte de 24 à 26 cm, la base la plus pratique reste la pâte filo, plus fine que la feuille de brick et plus rapide à travailler qu’une pâte feuilletée maison. Comptez 8 à 10 feuilles, selon leur taille, plus 80 à 100 g de beurre fondu, ou une alternative moitié beurre moitié huile neutre pour limiter le durcissement au refroidissement. Le sucre peut rester discret, 20 à 40 g de sucre glace saupoudré entre certaines feuilles suffisent, la crème et les fruits apportant déjà de la douceur.
Le choix des fraises conditionne l’équilibre final. Une barquette très mûre donne du parfum mais relâche plus de jus. Pour éviter une base détrempée, privilégiez des fruits fermes et odorants, type gariguette en début de saison ou ciflorette lorsque la maturité est avancée. L’objectif est d’obtenir 350 à 500 g de fraises nettes, équeutées et bien séchées. Un rinçage rapide puis un séchage sur papier absorbant limite l’eau résiduelle.
La mastiha s’achète en larmes ou en poudre. En larmes, elle se broie au mortier avec une pincée de sucre, ce qui évite qu’elle colle. La dose doit rester mesurée, car l’arôme domine vite. Visez 0,3 à 0,6 g de mastiha, soit une petite pointe de cuillère en poudre, ou quelques grains broyés. Pour soutenir le parfum sans l’écraser, l’ajout d’un peu de zeste de citron ou d’une goutte d’eau de fleur d’oranger reste possible, mais il faut choisir un seul accent.
Pour la crème, une base type diplomate simplifiée fonctionne bien, elle tient à la coupe sans devenir gélatineuse. Prévoyez 250 ml de lait, 2 jaunes, 40 g de sucre, 20 g de fécule et 200 ml de crème entière à monter. Une pointe de sel et une demi-gousse de vanille peuvent accompagner la mastiha, en restant en arrière-plan. Le but est une crème lisse, froide, qui ne rend pas d’eau au contact des fraises.
Pâte filo froissée: pliage, beurre et cuisson à 190C
La réussite de la tarte froissée repose sur la gestion de l’humidité et de la chaleur. Préchauffez le four à 190C en chaleur tournante, ou 200C en chaleur statique. Beurrez un moule à tarte ou une poêle allant au four, idéalement de 24 à 26 cm. La pâte filo sèche vite, il faut donc travailler avec un torchon propre légèrement humide sur les feuilles non utilisées.
Déposez une première feuille de pâte filo dans le moule en la laissant dépasser. Badigeonnez de beurre fondu, sans saturer, puis froissez grossièrement une seconde feuille avant de la poser au centre. Répétez l’opération, en alternant feuilles posées à plat et feuilles chiffonnées, pour créer des reliefs réguliers. L’objectif visuel est d’obtenir un « nid » de plis, avec des bords irréguliers qui vont dorer. Si vous ajoutez du sucre glace, faites-le sur 2 ou 3 couches maximum pour éviter un caramel trop amer.
Pour une cuisson homogène, tassez légèrement le centre avec le dos d’une cuillère, sans écraser les plis. Le beurre doit atteindre les zones sèches, car ce sont elles qui risquent de brûler. Une astuce consiste à terminer par une feuille plus large posée en couronne, beurrée, puis repliée grossièrement vers l’intérieur, ce qui renforce les bords.
Enfournez pour 18 à 25 minutes, selon votre four, jusqu’à obtenir une couleur dorée soutenue. Surveillez dès 15 minutes, la filo passe rapidement de doré à trop brun. Si certaines pointes colorent trop vite, couvrez localement avec un petit morceau de papier aluminium. À la sortie, laissez refroidir sur grille, au moins 30 minutes, pour que le croustillant se fixe. La garniture ne doit jamais être ajoutée sur une base tiède, sous peine de ramollissement rapide.
Crème à la mastiha: infusion, texture et refroidissement rapide
La mastiha exprime mieux ses notes lorsqu’elle est infusée dans un corps gras ou un liquide chaud, puis filtrée si besoin. Faites chauffer le lait avec la mastiha broyée et, si choisi, un peu de vanille. Coupez le feu dès les premiers frémissements, couvrez et laissez infuser 10 minutes. Si vous utilisez des larmes, un passage au chinois fin peut retirer les particules résineuses non dissoutes.
Blanchissez les jaunes avec le sucre, ajoutez la fécule, puis versez le lait chaud progressivement. Remettez sur feu moyen et fouettez jusqu’à épaississement franc, la crème doit bouillir une trentaine de secondes pour que l’amidon stabilise. Hors du feu, ajoutez une noisette de beurre si vous souhaitez une texture plus ronde, mais ce n’est pas indispensable. La priorité reste une crème pâtissière nette, sans goût farineux.
Pour éviter la condensation et accélérer le refroidissement, étalez la crème sur une plaque ou dans un plat large, filmez au contact et placez au réfrigérateur. Visez 2 heures de froid. Pendant ce temps, montez la crème entière bien froide en chantilly souple, pas trop ferme pour garder une sensation légère. Détendez la crème pâtissière froide au fouet, puis incorporez la chantilly en deux fois, à la maryse. Vous obtenez une crème stable, plus aérienne, qui se dresse facilement.
Goûtez et ajustez. Si l’arôme de mastiha paraît discret après refroidissement, n’ajoutez pas plus de résine directement, car elle peut donner une amertume. Préférez un renfort par zeste fin de citron ou une touche de miel neutre. Si la crème manque de tenue, un passage de 20 minutes au froid avant pochage améliore la texture. Le dressage se fait idéalement à la poche, mais une cuillère suffit si vous voulez un rendu rustique, cohérent avec l’esprit froissé.
Montage minute: protection contre le jus, service et conservation 24 h
Le montage doit être proche du service. Pour protéger la base, vous pouvez badigeonner très finement le fond refroidi avec du chocolat blanc fondu, ou un voile de confiture de fraise chauffée puis refroidie. La couche doit rester quasi invisible, son rôle est de limiter la migration du jus vers la pâte. Déposez ensuite la crème à la mastiha au centre, en gardant les plis visibles sur les bords.
Les fraises se coupent au dernier moment. Selon leur taille, coupez-les en deux ou en quatre, puis posez-les en rosace, ou en désordre maîtrisé pour un style plus « tarte de table ». Pour une brillance légère, un nappage neutre très dilué peut être appliqué au pinceau. Une alternative simple consiste à mélanger une cuillère de confiture avec une cuillère d’eau chaude, puis à filtrer. Ajoutez éventuellement quelques feuilles de basilic ou de menthe, mais en petite quantité, la mastiha doit rester lisible.
Servez frais, mais pas glacé, car le froid atténue les arômes résineux. Sortez la tarte 10 minutes avant dégustation. À la coupe, utilisez un couteau scie ou un couteau très fin, en appuyant sans écraser les plis. La texture attendue est un contraste entre croustillant sec et crème souple.
Pour la conservation, la base froissée perd du croustillant avec le temps. L’idéal est de conserver séparément, base à température ambiante bien couverte, crème au réfrigérateur, fruits entiers au froid. Si la tarte est déjà montée, elle reste agréable 24 heures au réfrigérateur, mais la pâte sera plus tendre. Pour retrouver un peu de croustillant, une portion de base non garnie peut être repassée 3 minutes au four, puis refroidie avant d’ajouter crème et fraises.
Questions fréquentes
- Peut-on remplacer la mastiha dans la crème ?
- Oui. Pour garder une note aromatique proche, utilisez du zeste de citron fin ou un peu d’eau de fleur d’oranger. La vanille fonctionne aussi, mais le profil devient plus classique. Gardez des doses modestes pour ne pas couvrir le goût des fraises.
- Comment éviter que la pâte filo ramollisse sous les fraises ?
- Attendez que la base soit totalement froide, montez la tarte au dernier moment et séchez bien les fraises. Une fine barrière de chocolat blanc fondu ou de confiture filtrée refroidie limite la migration du jus vers la pâte.

